Ce 16 mars, 120 personnes ont participé à la 14e dictée du Club d’Alençon

La dictée est organisée par le club Richelieu “Les deux Marguerite” pendant la semaine de la francophonie et l’association reverse les bénéfices, destinés à l’achat de livres, à l’Épide, établissement pour l’insertion dans l’emploi.
Dans la matinée, environ 80 élèves de CM1, CM2 et Sixième, issus d’établissements scolaires alençonnais, et ornais, ont bûché, de plein gré, sur un texte du Petit Prince de Saint-Exupéry.
L’après-midi, une quarantaine d’adultes, novices ou habitués à déjouer les pièges de la langue française, ont attendu, crayon en main, les premiers mots du texte préparé, comme à son habitude, par Louis Biron.

La dictée : « Portrait d’un gueux »

Malgré la tiédeur de cet après-midi tout égayé par l’orbe du soleil s’éloignant du zénith, il toussota puis crachota bruyamment. Les antidotes reconnus du bézoard, panacée agissant sur des maux divers, restaient sans effet pour enrayer l’aggravation de son catarrhe. L’anhidrose le faisait grelotter.
Son alpenstock, souvenir de la Suisse alémanique, fauchait des lamiers blancs qu’il abhorrait comme s’il eût pu craindre quoique ce fût de leurs piqûres. L’air hagard, le chemineau cachectique traîna encore davantage ses croquenots sur la berme tandis que de vagues réminiscences resurgirent du fond de sa mémoire.
D’infamants on-dit et d’irréfragables ouï-dire sur une concussion inventée de toutes pièces par de soi-disant partenaires l’avaient déshonoré. De nature peu négligente, il s’était montré à tous coups fort exigeant sur les tractations politico-financières, à l’affût de la moindre gabegie. Mais des grenouillages le menaçaient de malversations. Il aurait eu beau exciper de sa bonne foi et se défendre bec et ongles, voire venir à résipiscence, il eût été réduit à quia pour finalement passer du banc des accusés au ban de la société. C’est ainsi que sans aucun remords il préféra fuir cet opprobre irrémissible et se retrouva vingt mois plus tard à l’état de hère errant au-delà de sa territorialité. Il fut jugé par contumace à une lourde sentence pénitentiaire.

Fin de la dictée pour les juniors

 

Recru de fatigue, l’homme dont la succession était de toute façon tombée en déshérence s’allongea sur un moelleux tapis de boutons-d’or près d’une barque amarrée à un marsault afin de contempler les dons gracieux et immarcescibles de la nature environnante. Dans l’eau peu ragoûtante où croissaient des potamots, des rainettes sympathiques, cohabitant avec des dytiques et des ranatres, coassaient à qui mieux mieux, désuète réponse aux billevesées de ce gueux qui maronnait entre ses chicots jaune orangé.
L’amphigourique discours n’effaroucha pas deux hochequeues qui poursuivaient un machaon virevoltant en rase-mottes au-dessus des laîches. Le grand porte-queue s’échappa et les insatiables bergeronnettes s’intéressèrent bille en tête à des paons du jour et à une æschne survolant par à-coups de fascinants nymphéas.
Un taon taquin caracola autour de notre vagabond. Agacé, le mal-aimé se remit en marche en marmottant son sempiternel galimatias. Il longea une joncheraie que le zéphyr berçait d’un friselis provoquant un excédant tournis. Des colverts et des halbrans s’égaillèrent par-dessus de graciles scirpes.
Ne sachant pas si son extranéité l’exempterait d’une sentence comminatoire, l’homme aux allures de bohémien évitait les maréchaussées, les gardes champêtres, les gardes-pêche et même les cantonniers, en restant au besoin tapi de longues heures dans les halliers diaprés. Quelque charitables (excepté de rares fesse-mathieux) qu’eussent pu être les bonnes gens rencontrés jusque-là, il évitait toute conversation.


D’après Dany Bador

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